Créé par décret en 2013, France Stratégie est un organisme de réflexion, d’expertise et de concertation placé auprès du Premier ministre qui se veut à la fois au service du débat social et citoyen et outil de pilotage stratégique auprès de l’exécutif.

 France Stratégie vient de remettre un rapport au ministre de la Ville, Patrick Kanner visant à « reconnaître, valoriser, encourager l’engagement des jeunes ».

 Ce rapport focalise actuellement l’attention médiatique et politique en proposant de plafonner à 70 ans, l’âge d’un candidat à une élection parlementaire et locale.

 Quel dommage que cette polémique – une de plus ! – vienne masquer la qualité des propositions de ce rapport d’une part, et le débat sur l’engagement de la jeunesse française d’autre part : si les jeunes votent moins que leurs aînés, sont moins nombreux à militer dans un parti politique ou un syndicat, s’impliquent moins dans le bénévolat associatif, ils ne sont pas pour autant désengagés de la cité et restent attachés aux valeurs démocratiques et républicaines, de solidarité et de justice. Beaucoup de jeunes sont prêts à s’investir pour une cause mais tout autant se disent démunis pour contribuer à faire évoluer la société dans laquelle ils vivent.

 Il y a, à mon sens un véritable problème de reconnaissance des jeunes : 70 % des 18/25 ans disent que la société ne leur permet pas de montrer de quoi ils sont capables.

 27 % des 15-30 ans en Europe disaient, en 2014, avoir bénéficié d’une reconnaissance formelle de leur implication bénévole contre uniquement 16 % pour la France.

 Conscientes de ces problèmes, nous avions amendé avec mes collègues Bernadette Laclay et Nathalie Chabanne, le projet de loi enseignement supérieur et recherche en proposant des modules valorisant l’engagement étudiant et citoyen pouvant être comptabilisé sous forme de « bonus » dans le relevé de note.

 La montée en puissance du service civique, voulue par le président de la République va dans le même sens. Cet engagement volontaire au service de l’intérêt général est ouvert à tous les jeunes de 16 à 25 ans, sans conditions de diplôme.

 Une polémique hors sujet au regard du rapport, agite donc en ce moment médias et politique : la fameuse mesure interdisant de candidater à un mandat électif, après 70 ans. Au-delà du cas français, la récente étude de l’Union interparlementaire montre le caractère généralisé de la faible représentation des jeunes dans les institutions parlementaires : seule la Norvège franchit la barre des 10 % des parlementaires de moins de 30 ans.

Il y a pourtant un domaine où la France est l’exception qui confirme la règle : la vie politique y est envisagée dans la perspective d’y faire carrière. Il me semble plus judicieux de résoudre ce dysfonctionnement via la limitation des mandats dans le temps qu’en l’abordant sous l’angle de la limite d’âge.

 Ce phénomène n’est pas propre aux instances politiques, il touche également le monde associatif ou syndical. Le rapport de France Stratégie propose de développer la démocratie électronique – c’est-à-dire l’intégration des nouvelles technologies dans les processus de participation, de délibération et de protestation politiques ou d’inciter les partis à investir de jeunes candidats aux élections, par l’instauration de quotas. Une mesure radicale !