Personne n’a intérêt à voir la Grèce sortir de la zone euro, le « Grexit » ne supprimerait absolument pas le problème pour les Grecs et pour l’Europe. Deux constats : aucune procédure dans les traités européens ne prévoit la sortie d’un pays membre. Ensuite, le Parlement européen n’a aucun pouvoir pour imposer une solution, laissant le sort de la Grèce entre les mains de la Troïka (BCE, FMI et de la Commission européenne) et des chefs d’Etat les plus influents dans l’Union européenne.

Une décision définitive doit être prise cette semaine et la Grèce propose dans l’urgence, des efforts budgétaires comme des hausses de TVA et d’impôts, y compris sur les hauts revenus et sur les sociétés et aussi la fin des préretraites. Si un accord est conclu, il devra encore être ratifié par le parlement grec.

Les institutions auxquelles ces propositions ont été présentées sont elles-mêmes divisées : la Commission européenne est jugée trop clémente par le FMI qui demande encore plus d’efforts à la Grèce. L’Allemagne et la France se sont, quant à elles, comportées en nation amie de la Grèce. La France a rappelé dès le début qu’il était nécessaire de respecter le vote des Grecs traduit par l’élection d’un ministre qui demande l’anti-austérité pour son peuple et dans le même temps, que la Grèce avait aussi le devoir de respecter les règles européennes à travers les Traités qu’elle a ratifiés.

François Hollande a même soutenu que les mesures exigées par les créanciers de la Grèce étaient inacceptables pour le peuple grec. Angela Merkel, pour sa part, a toujours été dans une position de dialogue constructif, comprenant que la situation économique dont a héritée Tsipras, nouvellement élu, est difficile à gérer et ne voulant pas que l’Histoire la désigne comme la responsable de l’échec du maintien de la Grèce dans la zone euro. L’influence politique, dans une certaine mesure, existe donc face aux Institutions et n’est pas à négliger.

Un Grexit aurait dans un premier temps, de sombres conséquences géopolitiques:

Il apporterait de l’eau au moulin des partis europhobes qui progressent partout en Europe avec l’idée que notre construction européenne n’est pas irréversible. La position géographique de la Grèce explique l’afflux de migrants que le pays ne pourra pas gérer seul à court terme. La Russie continue son rapprochement avec la Grèce ce qui permet à V. Poutine d’être toujours plus influent au sein de l’Europe du Sud.

Sur le plan économique, pour la Grèce comme pour les autres pays de la zone euro, la situation deviendrait insoutenable. Si la Grèce revient à la drachme, sa monnaie sera dévaluée par rapport à l’euro ce qui augmenterait le montant de ses dettes, publique comme privée. Le remboursement serait d’autant plus impossible pour les Grecs. Les principaux détenteurs de la dette grecque étant les pays de la zone euro (notamment la France et l’Allemagne), ils verraient eux aussi leur situation économique se dégrader. Pour la France par exemple, la part pour chaque Français est estimée à 1000€ en remboursement du crédit accordé à la Grèce et pour des garanties de prêt qu’elle a apportées auprès du Fonds européen de stabilité financière. Enfin, notre pays contracterait des prêts à des taux d’emprunt plus élevés sur les marchés.

Et le peuple grec dans tout cela ? Un seul exemple : les retraites grecques déjà très amputées font que les deux tiers des retraités vivent sous le seuil de pauvreté.

Si la Grèce ne bénéficie plus de l’appui européen, elle pourrait très vite être dans l’impossibilité totale de payer ses pensionnés ou de rémunérer ses fonctionnaires, l’emploi public étant très important en Grèce.

Après cinq ans d’austérité, la dette publique grecque représente aujourd’hui 175 % du PIB contre 118% en 2009.

Cette situation démontre encore, après la crise des subprimes, que nos institutions européennes manquent de cohésion politique et sociale pour faire face aux crises financières. Elle démontre aussi que davantage d’intégration monétaire est nécessaire. Les présidents des institutions communautaires ont réfléchi à la mise en place d’un contrôle financier démocratique et à la création d’ici à 2025 d’un Trésor européen.

Cordialement, Martine