L’ONG Oxfam et le réseau Fair Finance Guide International se sont emparées de ces données et ont livré leur analyse. Et les conclusions interpellent : un quart des bénéfices des vingt plus grandes banques européennes se trouve dans des paradis fiscaux, soit 25 milliards d’euros, dont 20% pour les seules banques françaises représentées par BNP Paribas, BPCE, le Crédit Agricole, le Crédit Mutuel-CIC et la Société Générale.

 Dans les paradis fiscaux, les banques européennes déclarent au total 628 millions d’euros et 383 millions d’euros de bénéfices sur lesquels elles ne payent pas un seul euro d’impôt. Elles n’y ont pourtant aucun employé. Clairement, pour 100 euros de chiffre d’affaires, elles déclarent 42 euros de bénéfices, contre 19 euros en moyenne hors paradis fiscaux.

 Au-delà des sommes astronomiques, ce qui interpelle davantage, c’est la destination privilégiée des banques pour organiser cette évasion fiscale, au cœur même de l’Union européenne, au Luxembourg et en Irlande.

 D’ailleurs, Oxfam rappelle que la Société générale, via sa filiale luxembourgeoise, a pu créer près de 500 sociétés offshore, impliquées dans le scandale des Panama Papers. Cette utilisation outrancière des paradis fiscaux témoigne de la façon dont elles procèdent : délocaliser artificiellement leurs bénéfices pour réduire leur contribution fiscale, faciliter l’évasion fiscale de leurs clients et contourner leurs obligations réglementaires.

Heureusement, tout n’est pas noir dans ce constat. D’une part, actuellement, la Commission européenne discute de la mise en place d’une directive pour étendre l’obligation de transparence à toutes les multinationales pour qu’elles fournissent des informations pour tous les pays où elles ont des activités, sans exception possible. D’autre part, connaître les statistiques, notamment relatives à l’évasion fiscale, doit permettre de mettre en place des politiques publiques de lutte contre ces phénomènes. Avec plus de transparence, l’Union européenne avance dans le bon sens.