La France, notamment grâce à l’engagement de Ségolène Royal a réussi une étape indispensable : faire ratifier cet accord durant l’année 2016 par un nombre suffisant de pays, permettant son entrée en vigueur le 4 novembre 2016. Ainsi, l’objectif de la Cop de Marrakech s’est transformé : les Etats sont «entrés dans le vif du sujet», à savoir négocier les règles d’application de l’accord de Paris.

En effet, cet accord repose sur l’engagement volontaire des Etats qui ont chacun déposé une contribution nationale en décembre 2015. Ces contributions sont inégales, certains pays ont quelque peu manqué d’ambition attendant les engagements de la communauté internationale. Aujourd’hui, le compte n’y est pas. L’analyse des contributions penchent, en l’état, vers un accroissement des températures de l’ordre de 2.9°C à 3.4°C, seuil dangereux pour les sociétés humaines. Aussi, dès la Cop de Paris, il a été acté l’ambition de revoir à la hausse les contributions nationales, avant même l’entrée en vigueur en 2020, de l’Accord de Paris. Il y a urgence : un rapport du GIEC (communauté scientifique) indique que, si la trajectoire de la hausse des températures se maintient, la planète aura atteint les 2°C d’ici 2020.

Aussi, la Cop de Marrakech a pour objectif de préparer un ensemble de décisions pour rendre l’Accord de Paris applicable :

- Des règles de transparence pour harmoniser l’analyse des contributions et vérifier si l’engagement des 2°C peut être tenu,

- Des règles de gouvernance pour évaluer les contributions nationales et leur mise en œuvre,

-  Un suivi des engagements financiers des pays du Nord : 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour aider les pays du Sud notamment à s’adapter au changement climatique.

 Pèse sur la Cop de Marrakech et l’ensemble du processus, l’attitude de Donald Trump, climato sceptique déclaré. Les Etats Unis veulent-ils (et peuvent-ils) dénoncer l’accord de Paris, ne pas respecter leurs engagements ? Autant de questions qui trouveront leurs réponses dans le temps mais le rôle de la société civile sera déterminant, car, à Paris ont été lancées un certain nombre d’initiatives dites l’Agenda de l’action, soutenues par des collectivités, des ONG, des entreprises, des Etats.

 Lors de la réunion des « Parlementaires du Climat » à laquelle j’ai participé, Ashwani Kumar, représentant le ministre indien des Energies Renouvelables a exposé les objectifs de l’Alliance solaire internationale, lancée il y a un an, à Paris par la France et l’Inde.

L’Alliance est ouverte aux 121 pays de la planète situés entre les deux tropiques, pays qui bénéficient de la plus forte exposition solaire. Aujourd’hui 43 pays, représentant plus de 4 milliards de personnes, participent au lancement de cette plateforme qui réunit tous les acteurs du solaire. Permettre un accès universel à l’énergie (plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à l’électricité) est un élément déterminant de la prospérité d’un pays. Ces pays veulent mobiliser 1000 milliards de dollars d’ici 2030 pour déployer massivement l’énergie solaire dans leurs territoires à un coût abordable. Pour ce faire, ils souhaitent partager leurs pratiques, harmoniser les appels d’offres, les normes, faciliter l’évaluation des ressources, encourager des pratiques innovantes (notamment des applications solaires à usages agricoles).

Leur initiative intervient à un moment où la technologie du solaire devient mature et où les coûts de production du solaire chutent : cette année, le Chili a lancé un projet photovoltaïque avec un coût de production s’élevant à 2.4 cents le kWh; le Mexique à 3.6 cents/kWh… D’ici peu, la production d’énergie solaire sera moins onéreuse que celle de l’énergie fossile. Ces pays du Sud travaillent non seulement à la production de l’énergie solaire mais aussi à son transport : l’Inde met en place des «corridors verts» pour acheminer l’électricité des Etats du nord de l’Inde à ceux du Sud. Parallèlement, la Chine pense, elle aussi, une planification des interconnexions : elle a pour projet, d’ici 2030, d’interconnecter différents pays d’Asie.

Un mouvement est en marche d’autant que les fonds d’investissement commencent depuis un an, à réorienter les projets vers les énergies renouvelables.

A Paris, l’an dernier, 70 coalitions de ce type ont été créées. Et la victoire de Donald Trump aux élections américaines oblige à explorer ces voies parallèles. À entendre les pays du Sud à Marrakech, j’ai le sentiment que la dynamique est à l’œuvre !

 Cordialement, Martine